Aix-en-Oeuvres
Association Loi 1901
Jean Ely
Le temps n’a rien changé. Ni l’enseigne vert bouteille du petit passage Agard
ni les escaliers qui craquent et sentent le vernis poussiéreux. Les mêmes
portraits noir et blanc coloriés au pinceau sont épinglés dans le couloir. Et la
lourde chambre de Maria, l’une des premières boîtes à images,
posée sur son trépied en bois précieux, fait toujours face au maître des lieux.
L’actuel, Jean Ely, 74 ans, le cheveu coupé ras,sec, le verbe modeste, membre
d’une lignée, non, d’une dynastie de photographes locaux. Le studio Ely : quatre
générations d’artisans qui, pendant plus de cent ans, ont fixé sur le papier la
vie d’Aix-en-Provence et de ses gens. «Un million de clichés, à vue de nez»,
estime Jean. Le plus grand des albums de famille.
   Il s’ouvre avant la fin du 19e siècle, quand apparaissent les
   premiers procédés photographiques.
   Henry Ely, grand-père de Jean, est imprimeur, un peu artiste
   et curieux de nature. Vers 1880, il fait un stage chez les frères
   Lumière, à Lyon. Il en revient photographe, portraitiste de studio.
   Un des premiers en France, probablement. La femme du docteur. Le
   fils du notaire. Les fesses rondes d’Emilie, toute jeune baptisée.
   Au début, les clichés doivent beaucoup aux coups de pinceau.
   «C’était la seule façon de coloriser les images, note Jean. Un trait
   de rouge ici, là une pincée de rose, de bleu. C’était une oeuvre sensible qui s’
achevait lontemps après la prise de vue.» En outre, le photographe de l’époque
doit aussi être chimiste: «Il émulsionne les plaques lui-même.» Et courageux :
«couvrir le carnaval d’Aix avec 10 plaques,
10 recharges, pas une de plus.»
Photographe
Cloître des Oblats
54, cours Mirabeau
Flâneries d'Art 2008
Bareff